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Revue de presse 2003-2004


A propos de l'hyperpuissance américaine

Emmanuel Todd démonte l'illusion de « l'Empire américain » (Tribune de Genève, 2 septembre 2003)

 

A propos de l'Initiative de paix de Genève

Rashid Khalidi : « Le Proche-Orient ? Un enjeu de politique intérieure » (Tribune de Genève, 25 novembre 2003)

L'Initiative de Genève vécue comme « une bouffée d'espoir » (Le Temps, 27 novembre 2003)

Marek Halter : « La seule possibilité d'avancer » (Tribune de Genève, 2 décembre 2003)

A propos du Sommet mondial de l'information

Jean-Philippe Courtois : « Transparence n'est pas synonyme de liberté ni de gratuité » (Le Temps, 12 décembre 2003)

 

Politique nationale

Elections fédérales : « Genève agace Berne »
(Tribune de Genève, 12 septembre 2003)

 

L'hyperpuissance américaine

Emmanuel Todd démonte l'illusion de « l'Empire américain » haut de page

TRIBUNE DE GENEVE
MERCREDI 3 SEPTEMBRE 2003
ANTOINE MAURICE

Il faut se méfier d'Emmanuel Todd car il est une sorte de prophète. Le jeune qu'il était avait réussi, en 1976, le tour de force d'annoncer seul et pour les bonnes raisons la « Chute finale » de l'Union soviétique pratiquement sans y avoir jamais mis les pieds mais fort d'une culture précoce et de son intelligence. Il a récidivé, en août 2002, avec « Après l'Empire » où il soumet les Etats-Unis à un traitement guère plus enviable. La crise irakienne en cours éclaire son propos, il faut l'avouer, de manière révélatrice.

Le Club suisse de la presse puis les Déjeuners de la finance du journal Le Temps ont donc eu raison d'inviter, hier, ce trublion qui en même temps éclaire l'époque.

« Micromilitarisme théâtral »

Emmanuel ToddLa thèse de Todd, car son essai est plus riche en thèses suggestives qu'en démonstrations accomplies, se découpe en trois.1)L'Amérique n'a plus la puissance supérieure d'imperium qui était la sienne au plus fort de sa confrontation contre l'URSS dans les années 1950 ; 2) un basculement de puissance s'est effectué en direction du militaire comme signe à la fois spectaculaire et illusoire de la puissance dans le monde car 3)les démonstrations de force militaire entreprises par les Etats-Unis après le 11 septembre, plutôt hors de propos, « un micromilitarisme théâtral », confirment ce déclin relatif de puissance. Le bourbier irakien en cours conforte ces thèses. Merci M. Bush, ironise l'intellectuel, qui reconnaît la patte du président dans la confirmation de ses thèses.

Spécialiste d'une discipline trop négligée par les sciences sociales, Todd est fasciné par les indicateurs démographiques. Il a remis à la mode pour leur puissance explicative des données comme le taux de fécondité et le taux de mortalité infantile des sociétés. Partant du curieux spectacle offert par la décennie écoulée d'une économie américaine qui se « financiarise » puis s'avance en terres inconnues en fabricant de la spéculation boursière au carré, Todd déclare que ça ne ressemble pas à une économie saine. Les gains de productivité sont inexistant ou du moins improbables, le renouvellement technologique tarde et peu à peu, du bas de l'industrie vers le haut, l'Amérique perd ses avantages comparatifs et ses batailles les uns après les autres contre la concurrence asiatique ou européenne. Exemples : l'automobile, l'aéronautique et le spatial, à quand l'informatique ? Si les Américains travaillent plus que les autres on se demande à quoi cela sert .

Du coté des indices démographiques, la mortalité infantile américaine est élevée, les retraites et la sécurité sociale sont en lambeaux, l'instruction publique piétine, le nombre des mariages (racialement) mixtes stagne, le pays ne progresse ni vers l'égalité ni vers la démocratie. Pour Todd, il se laisse aller vers un néo-conservatisme oligarchique depuis que l'adversaire soviétique n'est plus là pour le stimuler.

Bref, l'Amérique descend la pente. Son militarisme agressif contre des seconds couteaux des relations internationales ne fait illusion qu'à l'équipe qui la conduit. Les Etats-Unis n'ont plus ni puissance économique, ni vision universelle bienfaisante, ni supériorité militaire incontestable, ni excédent commercial à faire valoir. Telles étaient les recettes de l'Empire d'avant, du bon Empire. Pour horrible qu'il soit, le terrorisme ne représente pas, selon Todd, une menace géopolitique majeure. La France et l'Allemagne ont compris que la guerre faite à Saddam était un sursaut pour imposer la raison impériale à une Europe dont la jugulaire pétrolière se trouve au Moyen-Orient.

Todd ne se considère pas comme antiaméricain, surtout pas de l'espèce marxiste nostalgique. Il se console en marquant qu'il doit sa démonstration aux meilleurs analystes américains, et que l'après-Bush pourrait, mais il n'en est pas sûr, annoncer le retour à une Amérique moins caricaturale et plus bénéfique au monde.

L'émancipation de la « vielle Europe »
CLAUDINE GIROD

« La punition que Powell avait promise à la France - ndlr : pour un rôle de chef de file du camp de la paix-, Paris l'attend toujours ! L'Administration Bush n'en a tout simplement pas les moyens. » Tel est l'un des « ravissements » d'Emmanuel Todd au cours de l'année écoulée. Depuis la parution de son essai Après l'Empire , l'intellectuel a échappé à plusieurs crises cardiaques, plaisante-t-il, tant il voyait se confirmer ses thèses. Malicieux malgré lui, l'intellectuel atypique -qui a promis au public des Déjeuners de la finance de se « livrer à un petit exercice d'autosatisfaction »- ne va pas s'en priver.

« Comment les dirigeants américains ont-ils pu imaginer que leur intervention en Irak produirait autre chose que le chaos actuel ?! Ils échouent parce qu'ils sont pauvres et qu'ils n'ont pas les moyens de leur politique impériale. » L'histoire, avec une grande hache, aurait-elle déjà donné raison à la « vieille Europe » méprisée par Donald Rumsfeld ? Todd semble ne pas en douter. Et le penseur qui réfute l'étiquette d' »intellectuel français », lui qui « doit tout à l'Angleterre »- il a fait sa thèse à Cambridge- de tabler sur « l'émancipation de l'Europe ». Comme si l'Ancien Monde se sevrait enfin de l'image paternelle et tutélaire du Nouveau.

En clair, l'Europe et le monde n'ont plus besoin d'une Amérique désormais « dépendante » économiquement et « inutile » idéologiquement puisqu'elle a perdu le monopole de l'universalisme : « La guerre américaine contre le terrorisme, brutale et inefficace dans ses méthodes, obscure dans ses buts réels, a fini par être le révélateur d'un véritable antagonisme entre l'Europe et l'Amérique. La dénonciation inlassable d'un « axe du mal », le soutien constant à Israël ont progressivement changé la perception européenne des Etats-Unis. Jusque là facteur de paix, l'Amérique devenait fauteur de troubles. »

Puissance économique de l'Union européenne

Le rattrapage par les Européens du niveau de vie américain, l'avènement de l'euro, le succès d'Airbus -illustration de la « force économique et technologique concrète de l'Europe »- , le clivage entre une Amérique « gavée de phraséologie religieuse » et une « Europe dominée par des valeurs d'agnosticisme, de paix et d'équilibre », la vigueur du couple franco-allemand et la « qualité de sa politique extérieure » face à la crise irakienne, « l'émergence d'un nouvel antiaméricanisme anglais », l'attitude de la Russie « dont tout démontre qu'elle devient un partenaire raisonnable » : autant de manifestations symptomatiques de l'émancipation européenne en cours, assure Emmanuel Todd.

Une inconnue de taille demeure : quel sera le comportement du Royaume-Uni dans les années à venir à l'égard de l'euro ? Et Todd de conclure : » Il serait assez ironique de voir la Grande-Bretagne achever d'un coup, par un choix européen, l'hégémonie européenne. »

Pour l'historien et démographe, l'Amérique n'a plu la puissance supérieure qui était la sienne pendant la guerre froide. Un basculement s'est effectué en direction du militaire comme signe illusoire de puissance.

Légende photo : Emmanuel Todd . En 1976, l'intellectuel avait réussi le tour de force d'annoncer la « chute finale » de l'Union Soviétique.

Initiative de paix de Genève

Marek Halter : « La seule possibilité d'avancer » haut de page

TRIBUNE DE GENEVE
MARDI 2 DECEMBRE 2003
LIONEL CHIUCH

« Je ne suis pas un stratège. Plutôt un conteur ». Celui qui se présente ainsi, l'écrivain Marek Halter, est aussi un homme de foi. Une foi qu'il a placée dans la paix. Son soutien à l'Initiative de Genève, qu'il a réitéré devant la presse hier matin est la suite logique d'un engagement pris il y a près de quatre décennies.

Marek Halter« J'ai commencé ma longue marche pour la paix à Genève il y a trente-cinq ans, explique-t-il. Je crois aux symboles. Les initiateurs du projet ouvrent des portes qu'on a crues fermées ». A l'époque, c'est aux cotés d'Albert Cohen ou encore de Günter Grass que l'auteur des Fils d'Abraham avait amorcé son combat. Il le poursuit aujourd'hui avec d'autres (Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, etc.), mais regrette que sur le terrain les protagonistes restent les mêmes, notamment Ariel Sharon et Yasser Arafat. « Je les connais depuis tant d'années, commente Marek Halter. Le plus simple, bien sûr, aurait été d'attendre qu'une génération disparaisse. Nous n'allons pas tuer Sharon et Arafat. Ce dernier est devenu une icône. De l'autre côté, Sharon a été élu démocratiquement. »

Alors ? Alors « l'Initiative est peut-être symbolique mais elle reste la seule possibilité d'avancer », constate Marek Halter. Selon lui « la solution qui consistait à imposer la Feuille de route, comme le désiraient les néoconservateurs américains, n'est plus possible », notamment avec l'enlisement en Irak. Reste désormais à s'appuyer sur « l'opinion publique », qui peut obliger les dirigeants politiques à agir. « Je pense que la situation se prête à l'Initiative poursuit l'écrivain. Bush a montré qu'il pouvait endosser l'uniforme du militaire. Il lui manque maintenant l'habit de l'homme de paix. Je pense que l'Initiative peut lui permettre de jouer ce rôle. » Et de conclure : « Sharon ne peut ignorer ce qui se passe ici : il ne peut que répondre. ».

« Le Proche-Orient ? Un enjeu de politique intérieure » haut de page

TRIBUNE DE GENEVE
MARDI 25 NOVEMBRE 2003

Rashid Khalidi, historien palestinien, ne voit guère d'issue à la crise israélo-palestinienne.

Par ANDRES ALLEMAND

« Israéliens et Palestiniens sont aujourd'hui confrontés à un choix existentiel. Et il leur reste très peu de temps pour agir. Soit ils parviennent à s'entendre pour créer un nouvel Etat indépendant comprenant la Cisjordanie et la bande de Gaza, soit ils laissent le statu quo déboucher sur un Grand Israël fonctionnant selon le principe de l'apartheid, avec des bantoustans palestiniens. Un Etat qui n'aura d'hébreu que le nom. Il n'y a pas d'autre alternative. »

Professeur à l'Université de Columbia (Etats-Unis), Rashid Khalidi n'y va pas par quatre chemins. Hier à Genève, il a énoncé devant la presse internationale quatre préalables selon lui indispensables à toute négociation « vraiment sérieuse » au Proche-Orient : retrait des colons et des militaires israéliens des territoires occupés, élections palestiniennes (les dernières datent de 1996), pourparlers officiels et référendums simultanés. Or, cet historien palestinien de nationalité étasunienne sait bien que Sharon n'est pas prés d'accepter de telles conditions. Et que l'administration Bush ne cherche pas à le forcer.

Une issue à la violence

Des raisons d'espérer, l'expert n'en voit guère. Ou si peu. Ainsi, certains cherchent à faire évoluer l'opinion publique israélienne en démontrant que l'impasse actuelle n'est pas une fatalité. Et qu'il existe une solution de rechange à la violence. Le professeur cite l'Initiative de Genève (qui sera lancée lundi prochain), mais aussi la pétition « Voix des peuples » pour deux Etats (du Palestinien Nusseibeh et de l'Israélien Ayalon), sans oublier la prise de position de quatre anciens chefs des services secrets israéliens (dénonçant la politique suicidaire du gouvernement actuel).

« Malheureusement, ces démarches positives ont trop peu d'impact aux Etats-Unis, où le citoyen moyen ignore la gravité de la crise israélo-palestinienne », déplore Rashid Khalidi, qui ajoute : « L'Europe, par contre, connaît bien le problème. Elle compte des dizaines de millions de musulmans. Le Proche-Orient, c'est devenu un enjeu de politique intérieure, car il existe le risque de voir le conflit importé sur le Vieux-Continent. Pourquoi l'Union ne lance-t-elle pas une campagne pour sensibiliser l'opinion publique américaine ? Que je sache, la France ne s'est pas gênée, quand il s'est agi de sauver le roquefort ! ».

Un pont pour la paix

Soutenir l'Initiative de Genève, dans la rue s'il le faut, c'est l'objectif que s'est fixé Le Manifeste. Née il y a deux ans, peu après la signature à Genève entre des Juifs et des Arabes d'un manifeste pour une paix juste et durable au Proche-Orient, cette association regroupe tous ceux qui refusent les tensions communautaires et réclament la création d'un Etat palestinien souverain aux cotés d'un Etat israélien aux frontières sûres et reconnues par ses voisins. « Depuis deux ans, la situation vécue par les deux populations n'a cessé de se dégrader, constatent les membres du Manifeste. L'Initiative de Genève offre une alternative à cette spirale suicidaire et démontre que non seulement le dialogue est possible et qu'il existe des partenaires de part et d'autre, mais qu'ils sont capables d'aboutir à des solutions de compromis et de paix. » Réitérant une action qui avait réuni prés de deux mille personnes il y a deux ans, l'association invite chacun à affirmer son soutien en participant à un grand rassemblement pour la paix le dimanche 30 novembre de 15 h à 16 h 30 sur le pont du Mont-Blanc. Le Manifeste compte sur la présence de tous les hommes et femmes politiques ainsi que tous les acteurs de la société civile genevoise et de la Genève internationale. L.Ch.

[Légende photo : Rashid Khalidi, professeur à l'Université de Columbia (Etats-Unis). L'historien palestinien a énoncé quatre préalables indispensables à toute négociation «vraiment sérieuse » au Proche-Orient.]  

L'Initiative de Genève vécue comme « une bouffée d'espoir » haut de page

LE TEMPS
JEUDI 27 NOVEMBRE 2003
Pierre Hazan

Après le lancement de l'« accord » le 1er décembre, le but est de convaincre les Etats-Unis.

Dans l'histoire tumultueuse et souvent tragique du Proche-Orient, l'Initiative de Genève, qui sera lancée le 1 er décembre, constitue « une bouffée d'espoir ». C'est le message qu'ont fait passer mercredi au Club suisse de la presse, Daniel Lévy et Ghaith Al-Omari, représentants respectivement les délégations israélienne et palestinienne. Ils ont tous deux participé à la négociation du texte de l'initiative qui propose un règlement de paix.

« Nous sommes tous deux des réalistes »

Daniel Lévy a mis en évidence comment l'Initiative de Genève « a d'ores et déjà changé la nature du débat en Israël ». « Avant, on s'entendait dire en Israël qu'on nous n'avions pas d'interlocuteurs en face de nous, pas de plan de paix et que les seules réponses étaient d'ordre militaire. Aujourd'hui, plus de la moitié des Israëliens et des Palestiniens se sont déclarés en faveur de cette initiative. Le débat est partout, dans les journaux, sur les radios, à la télévision, jusque dans les émissions satiriques », a-t-il expliqué, montrant le texte qui a été posté à tous les ménages israéliens. Même son de cloche du Palestinien Ghaith Al-Omari : « Partout, dans le monde palestinien, le texte de l'Initiative de Genève est discuté. Chacun se fait sa propre opinion, mais chacun réalise qu'il a désormais un choix, comme celui que doit faire la société israélienne : continuer sur la voie de la violence et de la destruction, ou choisir la paix. »

Les deux hommes ont aussi mis en évidence le large spectre que représentent les quelque 400 Israëliens et Palestiniens qui feront le voyage à Genève, le 1 er décembre : « Des écrivains, des artistes, des hommes qui ont été les plus hauts responsables du Shin Beth et du Mossad (les services de renseignements israéliens), des généraux, des grands patrons, des gens du monde social, car chacun réalise que la paix est son affaire », affirme Daniel Lévy. Ghaith Al-Omari ajoute : « Lundi prochain, ce ne sera pas une party, ni une litanie de discours ennuyeux, que chacun oubliera dès le lendemain. Nos populations vivent des temps très difficiles, avec la violence, les raids, les attentats. Nous sommes des réalistes, et parce que nous sommes des réalistes, nous voulons faire en sorte que cette folie meurtrière s'arrête. Notre vrai travail commencera le 1 er décembre. » Daniel Lévy évoque à travers l'Initiative de Genève « la mise en place d'une coalition de gens sains d'esprit » qui vont devoir affronter « les extrémistes des deux camps » pendant les semaines et les mois à venir. Pour les deux hommes, l'un des intérêts de l' »accord de Genève » est de donner un « contenu concret » à la troisième phase de la « feuille de route » (la phase finale du plan de paix élaboré par les Etats-Unis, la Russie, l'UE et l'ONU), qui n'avait été rédigée qu'en termes très vagues.

Une partie des délégations israélienne et palestinienne prendra la route de Washington après le 1 er décembre pour « vendre » désormais l'Initiative de Genève outre-Atlantique. Elles rencontreront des membres de l'administration Bush, des représentants du Congrès, des organisations juives et arabes. Premier signe encourageant : le fait que cinq sénateurs, dont deux très connus pour leur soutien très fort à Israël, approuvent l'Initiative de Genève.

[Légende photo : Ghaith Al-Omari , représentant de la délégation palestinienne (à gauche) et Daniel Lévy , de la partie israélienne, ont présenté le plan de paix au Club suisse de la presse. Genève le 26 novembre 2003. ]

Sommet mondial de l'information

« Transparence n'est pas synonyme de liberté ni de gratuité » haut de page

LE TEMPS
12 décembre 2003

Présent au SMSI, Microsoft y signe aujourd'hui un partenariat avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Jean-Philippe Courtois est CEO du groupe pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. Interview.

Le Temps : Pourquoi participez-vous au sommet ?

Jean-Philippe Courtois : Parce que l'enjeu est important, et que nous voulons être part de ce processus de partenariats tripartites entre secteur privé, gouvernements et société civile pour réduire la fracture numérique. Nous le pratiquons déjà à travers notre programme « Partner in learning » pour lequel nous allons investir 250 millions de dollars sur cinq ans dans les pays les plus désavantagés, et abaisser ainsi à une valeur symbolique le prix de certains programmes ou en en reconditionnant et en installant des ordinateurs dont les entreprises du Nord ne veulent plus.

- C'est de l'altruisme ou de l'entrisme commercial, visant à créer une clientèle captive ?

- Toute action a évidemment un but de développement du marché, mais soyons réalistes, c'est à très long terme ! A cinq ans, les perspectives de croissance d'un marché comme la Namibie, où nous allons reconditionner 4000 PC et lancer des formations, sont faibles. A dix ans ? La question reste posée. Et une fois qu'ils sont formés, les gens sont capables de choisir entre nos produits et les autres.

- Le gouvernement thaïlandais a lancé un programme intensif pour réduire la fracture numérique. Pour ne pas en être exclus au profit des logiciels libres, vous avez divisé le prix de vos produits par 16. Les vendez-vous à perte ?

- Ce qui s'est passé en Thaïlande était une réponse spécifique à une question spécifique. Quant à votre question, elle n'a pas de sens posée comme cela. Une version de tel ou tel logiciel peut demander plusieurs années de recherche et de développement, son amortissement dans le temps va donc varier.

- Et si, suite au SMSI, d'autres pays emboîtent le pas à la Thaïlande ?

- Le risque existe. Mais on ne décrète pas et on ne crée pas la société de l'information avec un tel geste, on la construit dans la durée.

- Pourquoi refusez-vous de rendre publics vos codes sources ?

- Sur ce point, nous avons fait des progrès. Mais je rappelle que la transparence n'est pas synonyme de liberté ni de gratuité. Qui dit innovation dit propriété intellectuelle, recherche et développement, et création d'emplois. Des centaines de milliers d'entreprises créent et vendent des logiciels. Or tout cela doit être financé. Ce qui est important, c'est le partage. Ainsi, via notre programme « Government Security Partnership », nous passons des accords -gratuits- avec les Etats (ndlr : une vingtaine dont la Suisse), des universités et des ONG. Ils peuvent accéder à nos codes sources (ndlr : mais pas les modifier). Cela permet à la fois de les rassurer par rapport au mythe qui voudrait que Microsoft soit la porte d'entrée secrète des services de sécurités américains ; et aussi de comprendre nos mécanismes de sécurité.

- A ce propos, vous publiez chaque mois des correctifs de vos programmes, avez créé un fonds de 5 millions de dollars pour aider à la dénonciation de pirates et lancé des procédures judiciaires. Certains y voient l'aveu d'une vraie faiblesse technologique.

- Ces démarches sont cohérentes et complémentaires. Elles répondent à nos principes de développement, à savoir : sécurité, respect des droits individuels, intégrité et fiabilité. Certes, nous pouvons encore nous améliorer, mais nous avons fait des progrés tant dans le domaine des correctifs, dans leur facilité d'usage que dans la conception même des logiciels. Quant aux poursuites et au fonds, je rappelle que les attaques des pirates coûtent très cher et touchent surtout les particuliers et les entreprises. C'est de notre responsabilité d'arrêter cela.

Propos recueillis par Didier Pradervand

Politique nationale

ELECTIONS FEDERALES

« Genève agace Berne » haut de page

Christiane Brunner et Jacques-Simon Eggly épinglent le Gouvernement genevois.

TRIBUNE DE GENEVE
VENDREDI 12 SEPTEMBRE 2003
CHANTAL SAVIOZ

« Genève doit faire attention au goût des Suisses pour une simplicité familière », avertit Jacques-Simon Eggly. « Il y a un style genevois, une suffisance qui ne passe plus du tout à Berne. » Le candidat libéral au Conseil des Etats partage cet avis avec sa rivale Christiane Brunner : « notre attitude qui consiste à penser que nous sommes uniques, les meilleurs et les plus forts, agace la classe politique », renchérit la présidente du Parti Socialiste. Et aucun lobbyiste mandaté par Genève ne pourra, selon elle, faire valoir les intérêts du canton. « Le Conseil d'Etat in corpore devrait être plus actif et davantage au courant du système fédéral », martèle la socialiste.

Invités tous deux mercredi matin au Club suisse de la presse pour débattre de la question « Quelle Genève à Berne ? », les deux candidats au Conseil des Etats préfèrent ne pas trop s'étendre sur l'action réelle de la députation genevoise lors de la législature finissante. En revanche, ils jugent « cacophonique » la communication entre les Gouvernements cantonal et fédéral. Les deux candidats citent notamment le face-à-face Spoerri-Metzler dans le cadre de la sécurité autour du G8.

Entente parfaite

Aucun des deux candidats ne remet en cause l'efficacité des Genevois au Parlement. Qu'attendre pourtant d'une députation dont 5 des 13 membres n'appartiennent à aucun des partis gouvernementaux ? Représentant du petit Parti libéral suisse, Jacques-Simon Eggly réagit : »Nous n'avons pas de problème d'intégration à Berne. »

L'actuel conseiller national joue à fond la carte de l'Entente, qui se présente en tandem à l'élection de la Chambre haute. « Jamais l'Entente n'aura autant mérité son nom. » Il souligne l'harmonie parfaite prévalant entre son parti, les radicaux et les PDC. Et ce, y compris avec les conseillers fédéraux. « Le Parti libéral est de plain-pied dans la majorité bourgeoise. C'est dans cette perspective que les libéraux doivent réintégrer le Conseil des Etats », conclut Jacques-Simon Eggly.

L'extrême gauche attriste Brunner

Christiane Brunner se sent, elle, peu interpellée par la question. La présidente du PS souligne le consensus qui a prévalu entre elle et sa collègue radicale Françoise Saudan durant son mandat. Pour le reste, elle déplore l'implosion de la gauche genevoise et ne cache pas ses craintes de voir échouer sa candidature le 19 octobre prochain. « Je représente les intérêts de la gauche. Les critiques de l'extrême gauche ont plutôt trait à ma fonction de présidente du PS. Elles ne sont pas fondées sur mon mandat au Conseil des Etats. En conséquence, oui, je suis attristée de l'attitude illogique de Solidarités et du Parti du travail dans cette campagne. »

Sur les dossiers à proprement parler, les candidats ne s'étendent pas. Christiane Brunner considère la formule magique gouvernementale comme un tabou qu'elle a été la première à briser en proposant que le PDC cède sa place au profit d'un deuxième siège pour l'UDC. De son coté, Jacqyes-Simon Eggly souligne les dangers de deux « mastodontes » (PS et UDC) au Gouvernement. « Le seul critère arithmétique ne me convainc pas. Dans l'absence d'un contrat de législature clairement proposé, je voterai contre un deuxième siège à l'UDC. »

Sur la question européenne, Christiane Brunner répète que les socialistes se sont toujours prononcés en faveur d'une adhésion, seule à même de pouvoir régler les problèmes de libre circulation des personnes en provenance des pays de l'Est. Jacques-Simon Eggly appuie quant à lui la « tiédeur » actuelle du Conseil fédéral, considérant davantage l'adhésion comme but stratégique. Selon le libéral, les bilatérales 1 ont montré que la fiscalité de l'épargne demeure un sujet sensible. « Je suis pour le secret bancaire, car je défends la place financière genevoise », réaffirme-t-il à maintes reprises. Sans que cela fasse réagir sa rivale socialiste.

Légende photo 1 : Jacques-Simon Eggly . «  Il y a un style genevois, une suffisance qui ne passe plus du tout à Berne. »

Légende photo 2 : Christiane Brunner . «  Notre attitude qui consiste à penser que nous sommes uniques, les meilleurs et les plus forts, agace la classe politique. »

 

 

 

 

 

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