Revue de presse 2003-2004
A propos de l'hyperpuissance
américaine
Emmanuel
Todd démonte l'illusion de « l'Empire américain » (Tribune
de Genève, 2 septembre 2003)
A propos de l'Initiative
de paix de Genève
Rashid Khalidi : « Le
Proche-Orient ? Un enjeu de politique intérieure » (Tribune
de Genève, 25 novembre 2003)
L'Initiative de Genève
vécue comme « une bouffée d'espoir » (Le
Temps, 27 novembre 2003)
Marek Halter : « La
seule possibilité d'avancer » (Tribune
de Genève, 2 décembre 2003)
A propos du Sommet mondial de l'information
Jean-Philippe Courtois
: « Transparence n'est pas synonyme de liberté ni
de gratuité » (Le Temps, 12
décembre 2003)
Politique nationale
Elections fédérales
: « Genève agace Berne »
(Tribune de Genève, 12
septembre 2003)
L'hyperpuissance
américaine
Emmanuel Todd démonte
l'illusion de « l'Empire américain » 

MERCREDI 3 SEPTEMBRE 2003
ANTOINE MAURICE
Il faut se méfier d'Emmanuel Todd car
il est une sorte de prophète. Le jeune qu'il était
avait réussi, en 1976, le tour de force d'annoncer seul
et pour les bonnes raisons la « Chute finale » de
l'Union soviétique pratiquement sans y avoir jamais mis
les pieds mais fort d'une culture précoce et de son intelligence.
Il a récidivé, en août 2002, avec « Après
l'Empire » où il soumet les Etats-Unis à un
traitement guère plus enviable. La crise irakienne en
cours éclaire son propos, il faut l'avouer, de manière
révélatrice.
Le Club suisse de la presse puis les Déjeuners
de la finance du journal Le Temps ont donc eu raison
d'inviter, hier, ce trublion qui en même temps éclaire
l'époque.
« Micromilitarisme théâtral »
La
thèse de Todd, car son essai est plus riche en thèses
suggestives qu'en démonstrations accomplies, se découpe
en trois.1)L'Amérique n'a plus la puissance supérieure
d'imperium qui était la sienne au plus fort de sa confrontation
contre l'URSS dans les années 1950 ; 2) un basculement
de puissance s'est effectué en direction du militaire
comme signe à la fois spectaculaire et illusoire de la
puissance dans le monde car 3)les démonstrations de force
militaire entreprises par les Etats-Unis après le 11 septembre,
plutôt hors de propos, « un micromilitarisme
théâtral », confirment ce déclin
relatif de puissance. Le bourbier irakien en cours conforte ces
thèses. Merci M. Bush, ironise l'intellectuel, qui reconnaît
la patte du président dans la confirmation de ses thèses.
Spécialiste d'une discipline trop négligée
par les sciences sociales, Todd est fasciné par les indicateurs
démographiques. Il a remis à la mode pour leur
puissance explicative des données comme le taux de fécondité et
le taux de mortalité infantile des sociétés.
Partant du curieux spectacle offert par la décennie écoulée
d'une économie américaine qui se « financiarise » puis
s'avance en terres inconnues en fabricant de la spéculation
boursière au carré, Todd déclare que ça
ne ressemble pas à une économie saine. Les gains
de productivité sont inexistant ou du moins improbables,
le renouvellement technologique tarde et peu à peu, du
bas de l'industrie vers le haut, l'Amérique perd ses avantages
comparatifs et ses batailles les uns après les autres
contre la concurrence asiatique ou européenne. Exemples :
l'automobile, l'aéronautique et le spatial, à quand
l'informatique ? Si les Américains travaillent plus
que les autres on se demande à quoi cela sert .
Du coté des indices démographiques,
la mortalité infantile américaine est élevée,
les retraites et la sécurité sociale sont en lambeaux,
l'instruction publique piétine, le nombre des mariages
(racialement) mixtes stagne, le pays ne progresse ni vers l'égalité ni
vers la démocratie. Pour Todd, il se laisse aller vers
un néo-conservatisme oligarchique depuis que l'adversaire
soviétique n'est plus là pour le stimuler.
Bref, l'Amérique descend la pente. Son
militarisme agressif contre des seconds couteaux des relations
internationales ne fait illusion qu'à l'équipe
qui la conduit. Les Etats-Unis n'ont plus ni puissance économique,
ni vision universelle bienfaisante, ni supériorité militaire
incontestable, ni excédent commercial à faire valoir.
Telles étaient les recettes de l'Empire d'avant, du bon
Empire. Pour horrible qu'il soit, le terrorisme ne représente
pas, selon Todd, une menace géopolitique majeure. La France
et l'Allemagne ont compris que la guerre faite à Saddam était
un sursaut pour imposer la raison impériale à une
Europe dont la jugulaire pétrolière se trouve au
Moyen-Orient.
Todd ne se considère pas comme antiaméricain,
surtout pas de l'espèce marxiste nostalgique. Il se console
en marquant qu'il doit sa démonstration aux meilleurs
analystes américains, et que l'après-Bush pourrait,
mais il n'en est pas sûr, annoncer le retour à une
Amérique moins caricaturale et plus bénéfique
au monde.
L'émancipation de la « vielle
Europe »
CLAUDINE GIROD
« La punition que Powell avait promise à la
France - ndlr : pour un rôle de chef de file du
camp de la paix-, Paris l'attend toujours ! L'Administration
Bush n'en a tout simplement pas les moyens. » Tel
est l'un des « ravissements » d'Emmanuel
Todd au cours de l'année écoulée. Depuis
la parution de son essai Après l'Empire , l'intellectuel
a échappé à plusieurs crises cardiaques,
plaisante-t-il, tant il voyait se confirmer ses thèses.
Malicieux malgré lui, l'intellectuel atypique -qui a promis
au public des Déjeuners de la finance de se « livrer à un
petit exercice d'autosatisfaction »- ne va pas s'en
priver.
« Comment les dirigeants américains
ont-ils pu imaginer que leur intervention en Irak produirait
autre chose que le chaos actuel ?! Ils échouent parce
qu'ils sont pauvres et qu'ils n'ont pas les moyens de leur politique
impériale. » L'histoire, avec une grande hache,
aurait-elle déjà donné raison à la « vieille
Europe » méprisée par Donald Rumsfeld ?
Todd semble ne pas en douter. Et le penseur qui réfute
l'étiquette d' »intellectuel français »,
lui qui « doit tout à l'Angleterre »-
il a fait sa thèse à Cambridge- de tabler sur « l'émancipation
de l'Europe ». Comme si l'Ancien Monde se sevrait
enfin de l'image paternelle et tutélaire du Nouveau.
En clair, l'Europe et le monde n'ont plus besoin
d'une Amérique désormais « dépendante » économiquement
et « inutile » idéologiquement puisqu'elle
a perdu le monopole de l'universalisme : « La
guerre américaine contre le terrorisme, brutale et inefficace
dans ses méthodes, obscure dans ses buts réels,
a fini par être le révélateur d'un véritable
antagonisme entre l'Europe et l'Amérique. La dénonciation
inlassable d'un « axe du mal », le soutien
constant à Israël ont progressivement changé la
perception européenne des Etats-Unis. Jusque là facteur
de paix, l'Amérique devenait fauteur de troubles. »
Puissance économique de l'Union
européenne
Le rattrapage par les Européens du niveau
de vie américain, l'avènement de l'euro, le succès
d'Airbus -illustration de la « force économique
et technologique concrète de l'Europe »- ,
le clivage entre une Amérique « gavée
de phraséologie religieuse » et une « Europe
dominée par des valeurs d'agnosticisme, de paix et d'équilibre »,
la vigueur du couple franco-allemand et la « qualité de
sa politique extérieure » face à la
crise irakienne, « l'émergence d'un nouvel
antiaméricanisme anglais », l'attitude de la
Russie « dont tout démontre qu'elle devient
un partenaire raisonnable » : autant de manifestations
symptomatiques de l'émancipation européenne en
cours, assure Emmanuel Todd.
Une inconnue de taille demeure : quel sera
le comportement du Royaume-Uni dans les années à venir à l'égard
de l'euro ? Et Todd de conclure : » Il serait
assez ironique de voir la Grande-Bretagne achever d'un coup,
par un choix européen, l'hégémonie européenne. »
Pour l'historien et démographe, l'Amérique
n'a plu la puissance supérieure qui était la sienne
pendant la guerre froide. Un basculement s'est effectué en
direction du militaire comme signe illusoire de puissance.
Légende photo : Emmanuel
Todd . En 1976, l'intellectuel avait réussi
le tour de force d'annoncer la « chute finale » de
l'Union Soviétique.
Initiative de paix
de Genève
Marek Halter : « La
seule possibilité d'avancer » 

MARDI 2 DECEMBRE 2003
LIONEL CHIUCH
« Je ne suis pas un stratège.
Plutôt un conteur ». Celui qui se présente
ainsi, l'écrivain Marek Halter, est aussi un homme de
foi. Une foi qu'il a placée dans la paix. Son soutien à l'Initiative
de Genève, qu'il a réitéré devant
la presse hier matin est la suite logique d'un engagement pris
il y a près de quatre décennies.
« J'ai
commencé ma longue marche pour la paix à Genève
il y a trente-cinq ans, explique-t-il. Je crois aux symboles.
Les initiateurs du projet ouvrent des portes qu'on a crues fermées ».
A l'époque, c'est aux cotés d'Albert Cohen ou encore
de Günter Grass que l'auteur des Fils d'Abraham avait
amorcé son combat. Il le poursuit aujourd'hui avec d'autres
(Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, etc.), mais regrette
que sur le terrain les protagonistes restent les mêmes,
notamment Ariel Sharon et Yasser Arafat. « Je les
connais depuis tant d'années, commente Marek Halter. Le
plus simple, bien sûr, aurait été d'attendre
qu'une génération disparaisse. Nous n'allons pas
tuer Sharon et Arafat. Ce dernier est devenu une icône.
De l'autre côté, Sharon a été élu
démocratiquement. »
Alors ? Alors « l'Initiative
est peut-être symbolique mais elle reste la seule possibilité d'avancer »,
constate Marek Halter. Selon lui « la solution qui
consistait à imposer la Feuille de route, comme le désiraient
les néoconservateurs américains, n'est plus possible »,
notamment avec l'enlisement en Irak. Reste désormais à s'appuyer
sur « l'opinion publique », qui peut obliger
les dirigeants politiques à agir. « Je pense
que la situation se prête à l'Initiative poursuit
l'écrivain. Bush a montré qu'il pouvait endosser
l'uniforme du militaire. Il lui manque maintenant l'habit de
l'homme de paix. Je pense que l'Initiative peut lui permettre
de jouer ce rôle. » Et de conclure : « Sharon
ne peut ignorer ce qui se passe ici : il ne peut que répondre. ».

« Le
Proche-Orient ? Un enjeu de politique intérieure » 
MARDI 25 NOVEMBRE 2003
Rashid Khalidi, historien palestinien, ne voit
guère d'issue à la crise israélo-palestinienne.
Par ANDRES ALLEMAND
« Israéliens et Palestiniens
sont aujourd'hui confrontés à un choix existentiel.
Et il leur reste très peu de temps pour agir. Soit ils
parviennent à s'entendre pour créer un nouvel Etat
indépendant comprenant la Cisjordanie et la bande de Gaza,
soit ils laissent le statu quo déboucher sur un Grand
Israël fonctionnant selon le principe de l'apartheid, avec
des bantoustans palestiniens. Un Etat qui n'aura d'hébreu
que le nom. Il n'y a pas d'autre alternative. »
Professeur à l'Université de Columbia
(Etats-Unis), Rashid Khalidi n'y va pas par quatre chemins. Hier à Genève,
il a énoncé devant la presse internationale quatre
préalables selon lui indispensables à toute négociation « vraiment
sérieuse » au Proche-Orient : retrait
des colons et des militaires israéliens des territoires
occupés, élections palestiniennes (les dernières
datent de 1996), pourparlers officiels et référendums
simultanés. Or, cet historien palestinien de nationalité étasunienne
sait bien que Sharon n'est pas prés d'accepter de telles
conditions. Et que l'administration Bush ne cherche pas à le
forcer.
Une issue à la violence
Des raisons d'espérer,
l'expert n'en voit guère. Ou si peu. Ainsi, certains cherchent à faire évoluer
l'opinion publique israélienne en démontrant que
l'impasse actuelle n'est pas une fatalité. Et qu'il existe
une solution de rechange à la violence. Le professeur
cite l'Initiative de Genève (qui sera lancée lundi
prochain), mais aussi la pétition « Voix des
peuples » pour deux Etats (du Palestinien Nusseibeh
et de l'Israélien Ayalon), sans oublier la prise de position
de quatre anciens chefs des services secrets israéliens
(dénonçant la politique suicidaire du gouvernement
actuel).
« Malheureusement, ces démarches
positives ont trop peu d'impact aux Etats-Unis, où le
citoyen moyen ignore la gravité de la crise israélo-palestinienne »,
déplore Rashid Khalidi, qui ajoute : « L'Europe,
par contre, connaît bien le problème. Elle compte
des dizaines de millions de musulmans. Le Proche-Orient, c'est
devenu un enjeu de politique intérieure, car il existe
le risque de voir le conflit importé sur le Vieux-Continent.
Pourquoi l'Union ne lance-t-elle pas une campagne pour sensibiliser
l'opinion publique américaine ? Que je sache, la
France ne s'est pas gênée, quand il s'est agi de
sauver le roquefort ! ».
Un pont pour la paix
Soutenir l'Initiative de Genève, dans
la rue s'il le faut, c'est l'objectif que s'est fixé Le
Manifeste. Née il y a deux ans, peu après la signature à Genève
entre des Juifs et des Arabes d'un manifeste pour une paix juste
et durable au Proche-Orient, cette association regroupe tous
ceux qui refusent les tensions communautaires et réclament
la création d'un Etat palestinien souverain aux cotés
d'un Etat israélien aux frontières sûres
et reconnues par ses voisins. « Depuis deux ans, la
situation vécue par les deux populations n'a cessé de
se dégrader, constatent les membres du Manifeste. L'Initiative
de Genève offre une alternative à cette spirale
suicidaire et démontre que non seulement le dialogue est
possible et qu'il existe des partenaires de part et d'autre,
mais qu'ils sont capables d'aboutir à des solutions de
compromis et de paix. » Réitérant une
action qui avait réuni prés de deux mille personnes
il y a deux ans, l'association invite chacun à affirmer
son soutien en participant à un grand rassemblement pour
la paix le dimanche 30 novembre de 15 h à 16 h 30 sur
le pont du Mont-Blanc. Le Manifeste compte sur la présence
de tous les hommes et femmes politiques ainsi que tous les acteurs
de la société civile genevoise et de la Genève
internationale. L.Ch.
[Légende photo : Rashid
Khalidi, professeur à l'Université de
Columbia (Etats-Unis). L'historien palestinien a énoncé quatre
préalables indispensables à toute négociation «vraiment
sérieuse » au Proche-Orient.]

L'Initiative de Genève
vécue comme « une bouffée d'espoir » 
JEUDI 27 NOVEMBRE 2003
Pierre Hazan
Après le lancement de l'« accord » le
1er décembre, le but est de convaincre les Etats-Unis.
Dans l'histoire tumultueuse et souvent tragique
du Proche-Orient, l'Initiative de Genève, qui sera lancée
le 1 er décembre, constitue « une bouffée
d'espoir ». C'est le message qu'ont fait passer mercredi
au Club suisse de la presse, Daniel Lévy et Ghaith Al-Omari,
représentants respectivement les délégations
israélienne et palestinienne. Ils ont tous deux participé à la
négociation du texte de l'initiative qui propose un règlement
de paix.
« Nous sommes tous deux des
réalistes »
Daniel Lévy a mis en évidence
comment l'Initiative de Genève « a d'ores et
déjà changé la nature du débat en
Israël ». « Avant, on s'entendait
dire en Israël qu'on nous n'avions pas d'interlocuteurs
en face de nous, pas de plan de paix et que les seules réponses étaient
d'ordre militaire. Aujourd'hui, plus de la moitié des
Israëliens et des Palestiniens se sont déclarés
en faveur de cette initiative. Le débat est partout, dans
les journaux, sur les radios, à la télévision,
jusque dans les émissions satiriques », a-t-il
expliqué, montrant le texte qui a été posté à tous
les ménages israéliens. Même son de cloche
du Palestinien Ghaith Al-Omari : « Partout, dans
le monde palestinien, le texte de l'Initiative de Genève
est discuté. Chacun se fait sa propre opinion, mais chacun
réalise qu'il a désormais un choix, comme celui
que doit faire la société israélienne :
continuer sur la voie de la violence et de la destruction, ou
choisir la paix. »
Les deux hommes ont aussi mis en évidence
le large spectre que représentent les quelque 400 Israëliens
et Palestiniens qui feront le voyage à Genève,
le 1 er décembre : « Des écrivains,
des artistes, des hommes qui ont été les plus hauts
responsables du Shin Beth et du Mossad (les services de renseignements
israéliens), des généraux, des grands patrons,
des gens du monde social, car chacun réalise que la paix
est son affaire », affirme Daniel Lévy. Ghaith
Al-Omari ajoute : « Lundi prochain, ce ne sera
pas une party, ni une litanie de discours ennuyeux, que chacun
oubliera dès le lendemain. Nos populations vivent des
temps très difficiles, avec la violence, les raids, les
attentats. Nous sommes des réalistes, et parce que nous
sommes des réalistes, nous voulons faire en sorte que
cette folie meurtrière s'arrête. Notre vrai travail
commencera le 1 er décembre. » Daniel Lévy évoque à travers
l'Initiative de Genève « la mise en place d'une
coalition de gens sains d'esprit » qui vont devoir
affronter « les extrémistes des deux camps » pendant
les semaines et les mois à venir. Pour les deux hommes,
l'un des intérêts de l' »accord de Genève » est
de donner un « contenu concret » à la
troisième phase de la « feuille de route » (la
phase finale du plan de paix élaboré par les Etats-Unis,
la Russie, l'UE et l'ONU), qui n'avait été rédigée
qu'en termes très vagues.
Une partie des délégations israélienne
et palestinienne prendra la route de Washington après
le 1 er décembre pour « vendre » désormais
l'Initiative de Genève outre-Atlantique. Elles rencontreront
des membres de l'administration Bush, des représentants
du Congrès, des organisations juives et arabes. Premier
signe encourageant : le fait que cinq sénateurs,
dont deux très connus pour leur soutien très fort à Israël,
approuvent l'Initiative de Genève.
[Légende photo : Ghaith
Al-Omari , représentant de la délégation
palestinienne (à gauche) et Daniel
Lévy , de la partie israélienne,
ont présenté le plan de paix au Club suisse
de la presse. Genève le 26 novembre 2003. ]

Sommet mondial de l'information
« Transparence n'est
pas synonyme de liberté ni de gratuité » 

12 décembre 2003
Présent au SMSI, Microsoft y signe aujourd'hui
un partenariat avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés.
Jean-Philippe Courtois est CEO du groupe pour l'Europe, le Moyen-Orient
et l'Afrique. Interview.
Le Temps : Pourquoi participez-vous
au sommet ?
Jean-Philippe Courtois : Parce
que l'enjeu est important, et que nous voulons être part
de ce processus de partenariats tripartites entre secteur privé,
gouvernements et société civile pour réduire
la fracture numérique. Nous le pratiquons déjà à travers
notre programme « Partner in learning » pour
lequel nous allons investir 250 millions de dollars sur cinq
ans dans les pays les plus désavantagés, et abaisser
ainsi à une valeur symbolique le prix de certains programmes
ou en en reconditionnant et en installant des ordinateurs dont
les entreprises du Nord ne veulent plus.
- C'est de l'altruisme ou de l'entrisme
commercial, visant à créer une clientèle
captive ?
- Toute action a évidemment un but de
développement du marché, mais soyons réalistes,
c'est à très long terme ! A cinq ans, les
perspectives de croissance d'un marché comme la Namibie,
où nous allons reconditionner 4000 PC et lancer des formations,
sont faibles. A dix ans ? La question reste posée.
Et une fois qu'ils sont formés, les gens sont capables
de choisir entre nos produits et les autres.
- Le gouvernement thaïlandais a
lancé un programme intensif pour réduire la fracture
numérique. Pour ne pas en être exclus au profit
des logiciels libres, vous avez divisé le prix de vos
produits par 16. Les vendez-vous à perte ?
- Ce qui s'est passé en Thaïlande était
une réponse spécifique à une question spécifique.
Quant à votre question, elle n'a pas de sens posée
comme cela. Une version de tel ou tel logiciel peut demander
plusieurs années de recherche et de développement,
son amortissement dans le temps va donc varier.
- Et si, suite au SMSI, d'autres pays
emboîtent le pas à la Thaïlande ?
- Le risque existe. Mais on ne décrète
pas et on ne crée pas la société de l'information
avec un tel geste, on la construit dans la durée.
- Pourquoi refusez-vous de rendre publics
vos codes sources ?
- Sur ce point, nous avons fait des progrès.
Mais je rappelle que la transparence n'est pas synonyme de liberté ni
de gratuité. Qui dit innovation dit propriété intellectuelle,
recherche et développement, et création d'emplois.
Des centaines de milliers d'entreprises créent et vendent
des logiciels. Or tout cela doit être financé. Ce
qui est important, c'est le partage. Ainsi, via notre programme « Government
Security Partnership », nous passons des accords -gratuits-
avec les Etats (ndlr : une vingtaine dont la Suisse), des
universités et des ONG. Ils peuvent accéder à nos
codes sources (ndlr : mais pas les modifier). Cela permet à la
fois de les rassurer par rapport au mythe qui voudrait que Microsoft
soit la porte d'entrée secrète des services de
sécurités américains ; et aussi de
comprendre nos mécanismes de sécurité.
- A ce propos, vous publiez chaque mois
des correctifs de vos programmes, avez créé un
fonds de 5 millions de dollars pour aider à la dénonciation
de pirates et lancé des procédures judiciaires.
Certains y voient l'aveu d'une vraie faiblesse technologique.
- Ces démarches sont cohérentes
et complémentaires. Elles répondent à nos
principes de développement, à savoir : sécurité,
respect des droits individuels, intégrité et fiabilité.
Certes, nous pouvons encore nous améliorer, mais nous
avons fait des progrés tant dans le domaine des correctifs,
dans leur facilité d'usage que dans la conception même
des logiciels. Quant aux poursuites et au fonds, je rappelle
que les attaques des pirates coûtent très cher et
touchent surtout les particuliers et les entreprises. C'est de
notre responsabilité d'arrêter cela.
Propos recueillis par Didier Pradervand

Politique nationale
ELECTIONS FEDERALES
« Genève agace Berne » 
Christiane Brunner et Jacques-Simon Eggly épinglent
le Gouvernement genevois.
VENDREDI 12 SEPTEMBRE 2003
CHANTAL SAVIOZ
« Genève doit faire attention
au goût des Suisses pour une simplicité familière »,
avertit Jacques-Simon Eggly. « Il y a un style genevois,
une suffisance qui ne passe plus du tout à Berne. » Le
candidat libéral au Conseil des Etats partage cet avis
avec sa rivale Christiane Brunner : « notre attitude
qui consiste à penser que nous sommes uniques, les meilleurs
et les plus forts, agace la classe politique », renchérit
la présidente du Parti Socialiste. Et aucun lobbyiste
mandaté par Genève ne pourra, selon elle, faire
valoir les intérêts du canton. « Le Conseil
d'Etat in corpore devrait être plus actif et davantage
au courant du système fédéral »,
martèle la socialiste.
Invités tous deux mercredi matin au Club
suisse de la presse pour débattre de la question « Quelle
Genève à Berne ? », les deux candidats
au Conseil des Etats préfèrent ne pas trop s'étendre
sur l'action réelle de la députation genevoise
lors de la législature finissante. En revanche, ils jugent « cacophonique » la
communication entre les Gouvernements cantonal et fédéral.
Les deux candidats citent notamment le face-à-face Spoerri-Metzler
dans le cadre de la sécurité autour du G8.
Entente parfaite
Aucun des deux candidats ne remet en cause l'efficacité des
Genevois au Parlement. Qu'attendre pourtant d'une députation
dont 5 des 13 membres n'appartiennent à aucun des partis
gouvernementaux ? Représentant du petit Parti libéral
suisse, Jacques-Simon Eggly réagit : »Nous
n'avons pas de problème d'intégration à Berne. »
L'actuel conseiller national joue à fond
la carte de l'Entente, qui se présente en tandem à l'élection
de la Chambre haute. « Jamais l'Entente n'aura autant
mérité son nom. » Il souligne l'harmonie
parfaite prévalant entre son parti, les radicaux et les
PDC. Et ce, y compris avec les conseillers fédéraux. « Le
Parti libéral est de plain-pied dans la majorité bourgeoise.
C'est dans cette perspective que les libéraux doivent
réintégrer le Conseil des Etats », conclut
Jacques-Simon Eggly.
L'extrême gauche attriste Brunner
Christiane Brunner se sent, elle, peu interpellée
par la question. La présidente du PS souligne le consensus
qui a prévalu entre elle et sa collègue radicale
Françoise Saudan durant son mandat. Pour le reste, elle
déplore l'implosion de la gauche genevoise et ne cache
pas ses craintes de voir échouer sa candidature le 19
octobre prochain. « Je représente les intérêts
de la gauche. Les critiques de l'extrême gauche ont plutôt
trait à ma fonction de présidente du PS. Elles
ne sont pas fondées sur mon mandat au Conseil des Etats.
En conséquence, oui, je suis attristée de l'attitude
illogique de Solidarités et du Parti du travail dans cette
campagne. »
Sur les dossiers à proprement parler,
les candidats ne s'étendent pas. Christiane Brunner considère
la formule magique gouvernementale comme un tabou qu'elle a été la
première à briser en proposant que le PDC cède
sa place au profit d'un deuxième siège pour l'UDC.
De son coté, Jacqyes-Simon Eggly souligne les dangers
de deux « mastodontes » (PS et UDC) au
Gouvernement. « Le seul critère arithmétique
ne me convainc pas. Dans l'absence d'un contrat de législature
clairement proposé, je voterai contre un deuxième
siège à l'UDC. »
Sur la question européenne, Christiane
Brunner répète que les socialistes se sont toujours
prononcés en faveur d'une adhésion, seule à même
de pouvoir régler les problèmes de libre circulation
des personnes en provenance des pays de l'Est. Jacques-Simon
Eggly appuie quant à lui la « tiédeur » actuelle
du Conseil fédéral, considérant davantage
l'adhésion comme but stratégique. Selon le libéral,
les bilatérales 1 ont montré que la fiscalité de
l'épargne demeure un sujet sensible. « Je suis
pour le secret bancaire, car je défends la place financière
genevoise », réaffirme-t-il à maintes
reprises. Sans que cela fasse réagir sa rivale socialiste.
Légende photo 1 : Jacques-Simon
Eggly . « Il y a un style genevois,
une suffisance qui ne passe plus du tout à Berne. »
Légende photo 2 : Christiane
Brunner . « Notre attitude qui consiste à penser
que nous sommes uniques, les meilleurs et les plus forts, agace
la classe politique. »
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