André Glucksmann, philosophe, essayiste, est l’auteur d’essais, depuis le Discours de la guerre (1967) jusqu’à Dostoïevski à Manhattan (2002), en passant par La Cuisinière et le Mangeur d’hommes (1975). André Glucksmann poursuit un effort philosophique et politique singulier pour penser librement les risques de notre époque, au risque de déplaire aux pouvoirs en place, quels qu’ils soient. Ce qui définit le mieux ses combats multiples contre les maux qui nous menacent, c’est sans doute le « onzième commandement » qu’il a formulé en 1991 : « Que rien de ce qui est inhumain ne te demeure étranger ! »
Dans son livre « Une rage d’enfant », récemment paru chez Plon, les fées de la philosophie hantent parfois des lieux incongrus et des époques peu propices aux méditations désincarnées. Pourquoi entourent-elles un orphelin qui découvre la vie dans une famille juive et résistante dont la survie en France occupée relève de l’improbable ? Avant même d’aller à l’école, l’enfant Glucksmann, dit Jojo, dit Rivière, dit André, dit Joseph, a constaté de ses yeux que la fin de son monde était possible. Il conclura très vite, révélation d'Auschwitz et d’Hiroshima aidant, que la fin de l’humanité est, elle aussi, un possible indépassable.
Plutôt qu’une autobiographie satisfaite d’elle-même ou les mémoires exhaustives du témoin d’un demi-siècle, le lecteur découvrira un récit d'aventures intellectuelles, parfois très incarnées, les explorations, souvent périlleuses, d'un « voyage à l’extérieur de ma chambre ».